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Réhabiliter l'hydroélectricité et refuser les mensonges


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3e partie: Refuser les mensonges

Quand les mensonges deviennent des références internationales...

4 décembre 1992. Sous le titre "Le gourou de l'efficacité énergétique", Le Devoir publie un portrait d'une page sur Amory Lovins, le spécialiste américain de renommée internationale. On peut y lire ce qui suit: "Au printemps dernier, il fustigeait certaines compagnies d'électricité qui n'ont pas encore compris qu' "économiser l'énergie coûte moins cher que la produire, même en utilisant les centrales électriques déjà construites" et qui, "conditionnées par un siècle de hausse du chiffre d'affaires, ont oublié qu'elles peuvent faire de l'argent sur leur marge bénéficiaire au lieu d'en faire sur leur volume de ventes". Et pour illustrer les "idioties environnementales" auxquelles peut les conduire cette "incompréhension fondamentale de leur business", il citait l'exemple du projet Grande Baleine, censé "inonder un territoire grand comme la France"... sans savoir que deux journalistes québécois venus skier au Colorado se trouvaient dans la salle. Quand ils l'ont publiquement repris sur cette erreur factuelle, Lovins a poliment promis de vérifier ses sources, arguant qu'il devait y avoir "malentendu sur le mode de calcul" des surfaces inondées."

Soulignons que pour le projet Grande Baleine, la superficie des réservoirs sera de 3395 km2 et la superficie des territoires ennoyés, de 1567 km2 (en comparaison, le territoire de la France est de 551 500 km2).

14 décembre 1992. Sous le titre "Grossière propagande des Montagnais aux USA", le quotidien La Presse rapporte que le représentant aux États-Unis des Montagnais de Malioténam, Tom Dastou, a distribué aux médias américains un long communiqué affirmant que des chars d'assaut et des troupes sont aux frontières de la réserve de Malioténam, près de Sept-Îles, prêts à fondre sur les siens. "Je demande votre aide, écrit M. Dastou. On a tiré sur mon chef et j'ai été battu. Des équipes de fiers-à-bras, appuyées par le ministère des Affaires indiennes du gouvernement du Canada, rôdent sur notre réserve et menacent nos gens. Le gouvernement du Québec a demandé l'élimination de notre leadership traditionnel. Il a imposé une injonction nous interdisant de quitter notre terre pour obtenir de l'aide et parler de notre cause. Le peuple montagnais a rejeté les offres d'Hydro-Québec qui veut construire un autre barrage sur notre territoire et qui nous offre 800 millions de dollars pour éteindre nos droits ancestraux."

20 décembre 1992. Sous le titre "Autre revers d'Hydro-Québec aux USA: un collège américain se départit d'un bloc d'obligations de la société d'État", La Presse rapporte la décision du Dartmouth College du New Hampshire de se départir d'un bloc d'obligations d'Hydro-Québec d'une valeur de 6,8 millions de dollars. Objet de fortes pressions de la communauté étudiante pour l'amener à retirer ses fonds, le Conseil d'investissement de ce Collège a vainement tenté, après huit mois d'analyse, de tirer les choses au clair. Il a malgré tout recommandé à la direction du Collège d'investir son argent ailleurs! L'article de la Presse cite les propos de la directrice de l'Institut sur les relations Canada-États-Unis de ce Collège, Mme Jean Hennessey. Selon elle, des représentants des Cris du Québec sont venus à plusieurs reprises rencontrer les 5000 étudiants et professeurs du Collège pour dénigrer les divers projets d'Hydro-Québec. Leur campagne est très forte et très efficace, dit Mme Hennessey. Celle-ci conclut qu'il est extrêmement difficile d'amener les Américains à faire une analyse objective de la question, parce que ces derniers ont un profond sentiment de culpabilité face aux autochtones.

30 décembre 1992. Sous le titre "Les moines bouddhistes vont prier pour Hydro", la Presse écrit ce qui suit: "Une quinzaine de moines bouddhistes marcheurs partis de New York au début de décembre ont passé Noël avec les Mohawks d'Akwesasne et la nuit dernière avec ceux de Kahnawake. Ils s'apprêtent ce matin à se diriger vers le siège social d'Hydro-Québec afin de protester contre les effets du futur barrage hydroélectrique de la rivière Sainte-Marguerite, au nord de Sept-Iles. "Le Québec et le Canada ne traitent pas les Autochtones comme des êtres humains", a déclaré à La Presse une jeune étudiante japonaise qui s'est jointe au groupe de marcheurs. Votre gouvernement ne devrait pas avoir recours à la force et à la violence pour régler ses différents avec les Montagnais", a-t-elle poursuivi, convaincue qu'Hydro-Québec a bel et bien fait appel à l'armée pour venir à bout des opposants à son projet."

10 janvier 1993. Dans l'édition 1993 de "L'état de la planète", un ouvrage publié annuellement en 27 langues et qui sert de document de référence aux scientifiques et aux écologistes du monde entier, le Worldwatch Institute, une organisation américaine d'analyse et de recherche en environnement, affirme que le développement de la Baie-James est un exemple de la dégradation environnementale que peut entraîner le commerce international. L'ouvrage soutient qu' "un barrage de la rivière La Grande a nécessité l'inondation d'un territoire grand comme la moitié de la Belgique, entraîné le déplacement de populations cries et causé l'empoisonnement au mercure de leurs aires de pêche" (p. 158). On peut aussi y lire que "la Baie-James II va altérer un territoire grand comme la France et générer 27 000 mégawatts d'énergie pour l'exportation" (p. 87).

Soulignons que la superficie de la Belgique est de 30 507 km2 et que la superficie des territoires ennoyés est de 10 621 km2 pour l'ensemble des 15 barrages nécessaires aux neuf centrales des phases I et II de la Baie-James I (LG1, LG2, LG2A, LG3, LG4, Laforge 1 et 2, Brisay et Eastmain 1). Ces aménagements ont touché une population autochtone de 2000 Cris et 100 Inuit, mais n'ont nécessité le déplacement forcé d'aucune population autochtone. Tous ces aménagements hydroélectriques génèrent une puissance de 15 782 mégawatts, dont environ 3000 mégawatts (et non 27 000) servent à l'exportation. Les opposants américains au développement hydroélectrique du Nord du Québec entretiennent souvent la confusion (peut-être pour pouvoir exagérer ou même mentir plus facilement) entre Grande Baleine (3200 mégawatts) et tous les projets passés et futurs de la Baie-James (27 000 mégawatts). Ils peuvent alors attribuer tous les impacts des 27 000 mégawatts au seul projet Grande Baleine. Quant à la question du mercure, c'est là un problème réel. La création des réservoirs entraîne en effet pour une période d'environ 20 à 30 ans une augmentation du taux de mercure, surtout dans la chair des poissons prédateurs. Cependant, ces poissons représentent environ 15% du régime alimentaire des Autochtones (Hydro-Québec, 1992, "L'électricité dans le contexte québécois") et sont aussi présents dans d'autres plans d'eau non touchés par les aménagements hydroélectriques.

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