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Réhabiliter l'hydroélectricité et refuser les mensonges


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2e partie: Réhabiliter l'hydroélectricité

Analyse de la soutenabilité des options énergétiques
" Agis de manière que tu puisses vouloir que la maxime d'après laquelle tu te détermines devienne une loi générale. " (Kant, 1796, "Projet de paix perpétuelle", VIII-377)

" Mais en vérité, on doit toujours se demander: qu'arriverait-il si tout le monde en faisait autant ? Et on n'échappe à cette pensée inquiétante que par une sorte de mauvaise foi." (Jean-Paul Sartre, 1970, "L'existentialisme est un humanisme")

Si tous les habitants de la planète avaient besoin d'autant d'énergie que les Québécois pour fonctionner, la consommation planétaire d'énergie serait environ sept fois plus grande qu'actuellement. Les ressources en pétrole et en gaz naturel s'épuiseraient en quatre ou cinq ans; l'utilisation du charbon serait décuplée; le nombre de centrales nucléaires (et peut-être le nombre de Tchernobyl) serait multiplié par 60; les énergies de la biomasse causeraient une aridification massive et les énergies solaire, éolienne, hydraulique et géothermique seraient condamnées à la marginalité. Étendre à tous les habitants de la planète les habitudes énergétiques des Québécois est la meilleure façon de tester la "soutenabilité" de notre développement. Et le résultat est très négatif: notre développement économique national et notre vie quotidienne sont clairement insoutenables pour la planète et devront être profondément modifiés si nous voulons que notre engagement envers le développement soutenable cesse de n'être qu'un slogan creux et devienne une discipline rigoureuse et chiffrable.

Cette façon de tester la soutenabilité de notre consommation d'énergie est plus qu'un truc intuitif qui permettrait de caricaturer une situation d'abus. Elle constitue une formule simple, mais rigoureuse, qui replace l'élément étudié dans son contexte global de limitation des ressources et de surpopulation. Nous l'avons baptisée analyse de soutenabilité ». Elle peut, entre autres, nous aider à juger de la valeur des énergies alternatives souvent proposées comme solution partielle ou comme panacée.

Aucune énergie n'est vraiment douce
Les grands de l'écologisme international (Commission Brundtland, René Dumont, Worldwatch Institute et Greenpeace International) nous prescrivent la sobriété énergétique: les économies d'énergie constituent la solution primordiale et elles devraient être favorisées par une taxation progressive, mais lourde. Cependant, la tentation est très forte de chercher plutôt la solution du côté des énergies douces » et alternatives ou du côté de la diversification des sources d'énergie.

Pourtant, aucune forme d'énergie n'est vraiment douce. À niveaux égaux d'utilisation, les diverses formes d'énergie ont des amplitudes d'impacts très comparables sur les grands équilibres biosphériques. Ainsi, quand on réussit à démontrer les avantages très nets d'une forme d'énergie par rapport à une autre, c'est généralement qu'on compare l'impact nécessairement mineur d'une énergie peu consommée (le bois, les résidus agricoles, l'éthanol) à l'impact nécessairement majeur d'une énergie largement surconsommée (le pétrole). Pourtant, là où ils sont surconsommés en tant que sources majeures d'énergie, le bois, les résidus agricoles et l'éthanol sont des causes majeures de déforestation, de désertification et de pollution de l'air (y compris l'effet de serre). Le Brésil l'illustre bien par sa production massive d'éthanol, qui utilise les meilleures terres agricoles du pays. Ce que l'expérience du Brésil nous rappelle brutalement, mais que le mythe des énergies douces nous cachait, l'analyse de soutenabilité parvient à le rationaliser: les énergies douces de la biomasse apparaissent douces essentiellement parce qu'elles sont utilisées par peu de gens. Là où leur utilisation est généralisée, comme c'est le cas du bois dans le Tiers monde, leur impact est insoutenable, même pour des populations dont la consommation d'énergie par habitant est très basse, comparativement à la nôtre. Leur généralisation ne doit donc pas être un élément de développement soutenable. Enfin, brûler le bois est un gaspillage d'un matériau aussi noble et polyvalent qui stocke le carbone pour des siècles, s'il est récolté et utilisé de façon intelligente (comme construire des maisons pour les quelques milliards de Terriens présents et futurs qui, autrement, n'en auront pas).

De même, comme sources d'énergie pour les automobiles, le méthanol, l'hydrogène et l'électricité apparaissent peu dommageables quand ils sont produits à petite échelle: à partir du vent, du soleil ou d'un boisé dont on respecte la diversité spécifique et le rythme de régénération. Pourtant, quand la consommation automobile de méthanol, d'hydrogène et d'électricité deviendra massive, ces énergies seront générées essentiellement à partir du charbon, avec augmentation marquée par rapport au pétrole, des pluies acides et des gaz à effet de serre. L'analyse de soutenabilité nous montre que la conversion de la gigantesque flotte mondiale de 500 millions de véhicules à ces énergies dites douces » ne peut être un objectif du développement soutenable. Au Québec, cependant, l'hydroélectrification des transports est cependant envisageable en raison de sa très grande efficacité et de son abondance relative. Elle est certainement souhaitable et réalisable pour les transports publics et ferroviaires.

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