Mémoire pour le Débat public sur l'énergie au Québec Septembre 1995
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Partie 2: Les trois dimensions de l'efficacité énergétique
Les concepteurs d'un programme d'amélioration de l'efficacité énergétique doivent réaliser qu'il existe trois dimensions à
l'efficacité énergétique s'ils veulent éviter que des gains dans une dimension de l'efficacité soient annulés par une dégradation de la
situation dans une autre dimension. Ces trois dimensions sont l'efficacité marginale (ou unitaire) dans la consommation, la
réduction marginale (ou unitaire) de la pollution et l'efficacité structurelle. Les deux premières résultent de choix surtout
technologiques, la dimension structurelle résultant plutôt de choix de développement. En conséquence, il est souvent plus difficile
d'atténuer une crise dans la dimension structurelle que dans les deux autres, en raison, justement, de la nature structurelle» de
cette dimension. Le tableau 1 donne quelques exemples de chaque type d'efficacité.
Tableau 1: Les trois dimensions de l'efficacité énergétique [à venir]
Si l'on admet l'importance des pollutions globales, on doit conclure que le vrai enjeu environnemental est la quantité totale
d'énergie consommée et de polluants émis et non pas seulement les niveaux de concentration des polluants dans l'air. En
conséquence, nous devons toujours considérer les trois types d'efficacité dans les programmes de conservation de l'énergie.
2.1 Les effets de l'oubli complet de la dimension structurelle dans l'efficacité énergétique
Les effets de l'oubli complet de la dimension structurelle de l'efficacité se mesurent par une comparaison de la performance
énergétique générale des États-Unis, de l'Allemagne, de la France et du Japon. Comme le démontrent les statistiques du tableau
2, les États-Unis ont une piètre performance globale (forte consommation d'énergie, fortes émissions de CO2 et de NOx) et ce,
en dépit de plusieurs mesures affectant favorablement l'efficacité marginale qui y ont été adoptées au cours des 15 dernières
années (comme les normes sur l'efficacité marginale dans la consommation des autos et électroménagers ainsi que des systèmes
anti-pollution assez performants pour les autos également). C'est la très grande inefficacité structurelle des États-Unis qui nous
semble pouvoir le mieux expliquer cette performance globale décevante. Ainsi, l'effet des efforts remarquables du côté de
l'efficacité marginale sont plus qu'annulés par les éléments de l'inefficacité énergétique structurelle que constituent l'hypertrophie
du réseau routier, du taux de possession d'automobiles, du volume de circulation routière et de la très faible densité d'occupation
des villes.
Tableau 2: Comparaison de quelques éléments de l'efficacité énergétique structurelle de quatre pays de l'OCDE [à venir]
Le taux de possession d'automobiles, la longueur du réseau routier et le niveau d'étalement des villes n'ont pas que des effets sur
la consommation d'énergie du secteur des transports. La faible densité et l'éloignement associés à l'étalement urbain ont aussi
pour effet d'augmenter les besoins totaux en énergie des industries qui fabriquent et entretiennent les infrastructures et
équipements permettant d'accomoder l'étalement urbain. Comparé à un quartier de duplex en rangées, un quartier de bungalows
nécessitera quatre fois plus d'espace, donc quatre fois plus d'énergie pour la construction et l'entretien des rues et trottoirs, des
réseaux d'aqueduc, d'égout, de gaz, d'électricité, de lampadaires; quatre fois plus d'énergie pour l'éclairage des rues, le
déneigement, l'enlèvement des ordures etc. Il y aura également une augmentation des besoins en énergie pour la construction
d'équipements supplémentaires de transport, sans compter des besoins accrus d'environ 30% pour le chauffage domestique dû à
l'absence de murs, planchers et plafonds mitoyens dans le cas des maisons unifamiliales détachées ( 1 ). Cette inefficacité
stucturelle du système énergétique américain explique en partie le fait que, per capita, les États-Unis aient des besoins
énergétiques et des émissions de CO2 qui sont le double de ceux de la France, de l'Allemagne et du Japon.
De plus, il est essentiel de réaliser qu'il sera plus facile pour l'Allemagne de diminuer les émissions de NOx de ses véhicules
routiers (par la généralisation de technologies anti-pollution déjà largement implantées aux États-Unis) que pour les États-Unis de
réduire l'amplitude de son réseau routier et l'étalement de ses villes . Il faut donc comprendre l'importance primordiale d'éviter
une dégradation dans la dimension structurelle de l'efficacité énergétique pour l'avenir: l'inefficacité structurelle présente une
grande force d'inertie.
Enfin, il faut se rendre compte que les gourous» de l'efficacité énergétique nous viennent systématiquement des États-Unis,
mère-patrie de l'inefficacité structurelle. L'efficacité structurelle a été une préoccupation négligeable dans le discours de ces
gourous (exemple: la maison écologique du Rocky Mountain Institute est située loin de toute zone habitée). C'est actuellement
une préoccupation absente du concept de planification intégrée des ressources. Il faut y remédier parce que c'est une dimension
essentielle de l'efficacité énergétique qui explique une grande partie de la très mauvaise performance énergétique totale des
États-Unis. Un manque de vigilance face au maintien de l'efficacité structurelle pourrait mener à des effets pervers découlant
d'une préoccupation exclusive pour l'efficacité marginale (comme pour le cas du bungalow super-isolé alimenté au solaire passif).
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