Sécurité sociale pour les femmes du tiers monde
Par Yves Guérard, Martin Sévigny et Nicole Giasson
Pour contenir l'explosion démographique et, du même coup, relever les conditions de vie du groupe le plus défavorisé de l'humanité, la mise en place, par les pays riches, d'un programme
de sécurité sociale pour les femmes du Tiers monde pratiquant la planification des naissances est sans doute l'outil le plus adéquat.
"Au sommet de Rio, le Vatican et les pays arabes se sont réjouis; on n'a pas abordé le problème de l'explosion démographique. Mais vaut mieux empêcher des enfants de venir au monde
que de les laisser mourir de faim entre zéro et cinq ans. Lorsque les petites filles à travers le Tiers monde auront accès à une instruction primaire, la situation risque de changer. Pas avant!
Alphabétisées, valorisées, plus instruites, elles pourront améliorer l'hygiène de leur environnement et pratiquer intelligemment la contraception. Hélas, nous n'en sommes pas là."
René Dumont, Le Devoir, samedi 21 juin 1992.
Dans le Tiers monde, il y a actuellement environ 900 millions de femmes mariées en âge de procréer et leur nombre augmente d'environ 60 millions par année. Sans instruction, la majorité
de ces femmes vivent dans l'insécurité chronique quant à la satisfaction des besoins fondamentaux de leur famille et à la survie de leur progéniture. Moins elles ont de pouvoirs politiques et
économiques, plus elles sont dépendantes de la famille et plus elles auront d'enfants. Tant que ceux-çi (particulièrement les garçons) seront considérés comme une source de sécurité, une
force de travail et une assurance-vieillesse et tant que la famille demeurera l'univers exclusif des femmes, un très haut taux de natalité persistera.
L'explosion démographique
Cette croissance de la population, plus rapide que celle de l'économie, entraîne le dépassement de la capacité de support des territoires et cause indirectement, par son seul effet
mathématique sur les ratios per capita, la pauvreté, la faim, la misère et la dégration de la qualité de vie. La production de céréales, par habitant, diminue ainsi à chaque année depuis
1967 pour l'Afrique et depuis 1981 pour l'Amérique latine. La même dynamique s'applique pour les revenus, les prises de poissons, la production de boeuf et pour les produits forestiers.
En Amérique latine et en Asie, les gouvernements vont souvent tenter de relocaliser les masses de paysans sans terre qui menacent la stabilité sociale. Les gouvernements adoptent alors
divers programmes: ouverture de nouveaux territoires, construction publique de routes, subvention à la colonisation, concession de droits de propriété sur les terres forestières défrichées,
etc. Un effet pervers majeur fait en sorte qu'une toute petite minorité de gros "ranchers" et de spéculateurs fonciers en profiteront et en viendront à contrôler ces politiques
gouvernementales, ce qui attise encore plus l'effet pervers. Tout cela a des répercussions directes sur l'environnement: déforestation, aridification et désertification des territoires.
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