Tester la soutenabilité de certains dogmes
Par Yves Guérard et Nicole Giasson
Pour éviter qu'on noie le poisson, la loi fondamentale citée plus haut offre la base philosophique des outils qui feront du développement soutenable un principe vérifiable et quantifiable.
Elle interdit de considérer comme bénignes des pratiques qui apparaissent telles uniquement parce qu'elles sont actuellement peu répandues, ou parce qu'elles sont nombreuses mais que
chacun est tout petit au point d'en paraître négligeable, ou parce que leurs effets sont dilués, externalisés ou non testés. Elle permet aussi de déchiffrer les mesures compensatoires
nécessaires pour rendre la pratique soutenable.
Le test de soutenabilité oblige aussi à renoncer à la valeur d'absolu de certains dogmes charriés sans rigueur et sans raison dans le mouvement écologique et qui peuvent nuire au
développement soutenable: il en est ainsi des dogmes du small is beautiful », de la diversification et de la décentralisation. Ces dogmes doivent reprendre un statut plus modeste, quoique
utile: le rôle de propositions parfois vraies, parfois fausses, qui doivent toujours être vérifiées.
L'insoutenabilité du dogme du small is beautiful »
Quand on épluche dix petits oignons, on produit beaucoup plus de pelure que lorsqu'on en épluche un seul gros(à volume égal de condiment). Quand on mange un énorme morceau de
gâteau, on utilise moins d'assiettes que si ce morceau sert à faire un grand nombre de petites bouchées. De la même façon, en construisant dix petits barrages et réservoirs
hydroélectriques, on créera beaucoup plus de berges perturbées, de milieux appauvris par le marnage à contre-saison et de passages naturels obstrués (à volumes égaux d'eau retenue),
qu'en en construisant un seul qui soit dix fois plus gros. C'est que, dans les deux cas, le volume augmente au cube alors que le périmètre de berges affectées n'augmente que linéaireent, ce
qui donne un avantage écolgique très important aux grosses réalisations, au moins en théorie.
Ainsi, à partir d'une recension du World Ressources Institute, on peut extrapoler que pour produire les 3 200 mégawatts d'électricité du seul mégaprojet Grande Baleine avec des
minicentrales, c'est de 45 000 minibarrages (de puissances diverses) et miniréservoirs dont on aurait besoin si on se base sur l'expérience chinoise dans ce domaine: il ne resterait plus une
seule section de rivière intacte au Québec.
Si, pourtant, certains écologistes condamnent systématiquement les mégaprojets et proposent le small-scale hydro » comme alternative écologique, c'est simplement à cause du slogan
small is beautiful » qui a accompagné la naissance du mouvement écologique et parce qu'on compare toujours, contre toute logique et contre toute raison, l'impact écologique d'une
centrale de 3 000 mégawatts, alors que le respect de l'intelligence exige qu'on compare à capacités égales de production.
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