Des comportements soutenables?
Par Yves Guérard, Denis Charbonneau et Danielle Chatillon
Pour ces deux raisons, Amory Lovins décrit le chauffage électrique des locaux comme étant aussi approprié que de "couper du beurre avec une scie à chaîne". Mais le contexte
québécois n'est pas le contexte américain. Et la boutade d'Amory Lovins, intelligente quand elle est appliquée à la situation prévalant aux États-Unis où 73% de l'électricité est d'origine
thermique, pourrait facilement devenir une ânerie si on l'appliquait au contexte québécois où seulement cinq pour cent de l'électricité est d'origine thermique. En effet, l'hydroélectricité a un
rendement de presque 100% dans le chauffage des locaux, ce qui est de loin supérieur au rendement du charbon (50%), du mazout léger (65%) ou du gaz naturel (68%). Parce qu'ils
sont très "hydroélectrifiés", les Québécois produisent, per capita, deux fois moins de CO2 et d'oxydes d'azote que les Américains et que les autres Canadiens. L'hydroélectricité demeure
un choix soutenable, même dans le chauffage des locaux, si sa consommation effective ne constitue pas un gaspillage.
L'auto à l'éthanol
Pour produire assez d'éthanol afin de devenir autosuffisant en carburant automobile, le Brésil devrait planter à la canne à sucre sur une superficie de sols représentant près de la moitié de
ses terres agricoles, et ce, au dépens de ses précieux écosystèmes. Faire fonctionner une auto brésilienne à l'éthanol requiert 1,1 hectare de canne à sucre , alors que le Brésil ne compte
que 0,25 hectare de terre agricole par habitant. Au Québec, si on suppose des rendements en maïs comparables à ceux obtenus aux États-Unis (à force d'engrais massifs et de
pesticides), on pourrait produire 2000 litres d'éthanol par hectare, ce qui équivaudrait à environ 1000 litres d'essence en valeur énergétique. Il faudrait donc mettre en culture trois millions
d'hectares de terres pour produire de l'éthanol pout toute la flotte automobile au Québec. Ce serait possible, mais pas nécessairement très bon pour l'environnement et l'effet de serre,
puisque des terres défrichées libèrent beaucoup de gaz carbonique. Mais il faudrait fournir presque autant d'énergie (surtout d'origine pétrolière) pour faire pousser le maïs et produire
l'alcool que l'énergie obtenue sous forme d'éthanol!
Le bois dans les centrales thermiques et les chaudières industrielles
Si le bois ne passe pas le test de la soutenabilité dans son utilisation domestique, peut-être se reprend-il dans un autre secteur industril? Apparemment pas. Le Brésil a une industrie
sidérurgique qui fonctionne au bois provenant de la fôret tropicale ou des plantatios d'eucalyptus faites à même la fôret. C'est aussi le pays de la déforestation la plus massive. Les
centrales thermiques et les chaudières industrielles au bois sont de plus très polluantes. En plus de la désertification massive qui s'ensuivrait, une conversion du charbon au bois entraînerait,
si on considère les meilleurs technologoes antipollution en service, la production de deux ou trois fois plus d'oxydes d'azote et de particules, de 30 fois plus de monoxydes de carbone,
mais par contre, de deux à tois fois moins d'oxyde de soufre.
* * *
Yves Guérard est chargé de cours à la Maîtrise en sciences de l'Environnement de l'UQAM.
Denis Charbonneau est ingénieur. Il termine présentement une maîtrise en sciences de l'Environnement à l'UQAM.
Danielle Chatillon est biologiste. Elle termine sa maîtrise en sciences de l'environnement et elle travaille comme responsable de la mise en valeur du milieu pour les parcs de la Montérégie.
« page précédente
[accueil] | [plan du site] | [courriel]
|