Des comportements soutenables?
Par Yves Guérard, Denis Charbonneau et Danielle Chatillon
Le test de soutenabilité permet de remettre en perspective certains comportements ou certaines décisions de la vie courante; qu'arriverait-il si tout le monde en faisait autant?
Se chauffer au pop corn
On a dit de cette nouvelle façon de se chauffer qu'elle est écologique, probablement parce qu'il s'agit de la biomasse et que cette dernière a bonne réputation. Mais personne n'a encore
démontré que son rendement énergétique était meilleur que celui du mazout. Comme on doit investir environ une calorie du pétrole pour produire deux calories de maïs, il est probable
que le rendement énergétique du poêle soit désastreux et que sa rentabilité et son éventuel succès populaire soient totalement dépendants des subventions massives à l'agriculture.
Si on défrichait des fôrets pour cultiver ce maïs, le bilan du carbone (c'est-à-dire le gaz carbonique libéré dans l'air, moins le carbone fixé dans la matière végétale par photosynthèse)
serait très désastreux. Par contre, si on en remettait en terre tout le reste du plant de maïs et si on restituait ainsi de la matière organique à des sols agricoles déjà dégradés, alors, dans ce
contexte très précis, le bilan du carbone d'une telle pratique pourrait être globalement positif ou nul (mais il faudrait l'évaluer).
Le charme des feux de foyer
Le mode de vie traditionnel autour d'un feu de foyer est un symbole d'harmonie avec la nature et il est souvent prôné par les adversaires des mégaprojets et de la centralisation de la
production d'énergie, notamment dans le dossier Grande Baleine. Pourtant, le chauffage au bois dégage trois fois plus d'oxyde d'azote (les NOx, précurseurs des pluies acides et du smog
urbain) que le chauffage au mazout et dix fois plus que le chauffage au gaz. Et son rendement énergétique est de beaucoup inférieur: pour chauffer un bungalow québécois, il faut soit trois
tonnes de mazout, soit deux tonnes et demi de gaz, soit neuf tonnes de bois. Si toutes les maisons unifamiliales du Québec étaient dotées d'un foyer répondant à 20% de la demande
énergétique en chauffage, la qualité de polluants émis dans l'atmosphère (principalement des oxydes d'azote, de carbone, des oxydes de soufre et des particules) serait 10 à 15 fois
supérieur aux quantités actuellement émises. Avec des poêle à combustion lente, ce serait pire qu'avec des foyers en ce qui concerne les parti cules et le carbone, mais mieux en ce qui
concerne les oxydes d'azote et les hydrocarbures volatils. Et on ne parle pas des dommages aux forêts. Se chauffer au bois ne va donc pas dans la direction du développement
soutenable
Les plinthes électriques ou le gaz naturel?
Il est courant, aux États-Unis et en Europe, de considérer comme inefficace le chauffage des maisons au moyen de plinthes électriques, et ce, pour deux raisons principales: premièrement,
cette façon de voir se base sur le caractère noble de l'électricité, considérée comme seule forme d'énergie adéquate pour des fonctions comme l'éclairage et le fonctionnement des
appareils électoménagers. Selon cette analyse, il est absurde d'utiliser une forme d'énergie aussi extraordinaire que l'électricité pour simplement chauffer des locaux, fonction grossière que
les énergies fossiles peuvent assurer spontanément. Deuxièmement, le rendement énergétique des centrales de production d'électricité d'origine thermique n'est en moyenne que de 33%
(c'est-à-dire que 100 unités d'énergie chimique fossile ne produisent que 33 unités d'énergie électrique). Il apparaît ainsi beaucoup plus efficace de chauffer directement ces locaux de
façon décentralisée avec une énergie fossile pour atteindre des rendements de 50 à 80%.
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