L'étalon-carbone: mesure de la richesse des nations?
Par Yves Guérard
Mécanismes et conditions pour rendre spontanée la reconstitution de la trame
Le problème, c'est que nous avons collectivement intérêt à voir la quantité totale de carbone organisé augmenter, mais individuellement, nous avons avantage à exploiter la trame plutôt
qu'à la reconstituer. Faudra-t-il attendre, pour voir la réhabilitation se faire de façon spontanée, que la trame prenne encore plus de valeur en rétrécissant à tel point que les souffrances
humaines seront devenues intolérables et la perte de la biodiversité, critique?
Un autre problème se pose: nous n'avons pas d'institution, de banque ou de bourse du carbone qui permette de taxer les pollueurs, producteurs de gaz carbonique (CO2), afin de
rémunérer tous ceux qui voudront et pourront, spontanément et même par pur mercantilisme, fixer ce carbone en renforçant la trame organisée agricole, naturelle ou urbaine. Nous avons
donc besoin d'établir un tel mécanisme pour solutionner ces problèmes.
Les institutions permettant de rendre fonctionnel un tel système ne sont pas très difficiles à imaginer. Le "clearinghouse" (fonds de réacheminement) proposé par la Norvège (voir
l'encadré), lors de la négociation, aux Nations unies, pour une Convention-cadre sur les changements climatiques, est un premier pas dans cette direction. Il nécessite évidemment que les
principaux pays produteurs de CO2 adhèrent au système et à des objectifs de diminution des émissions. Il exige donc un accord international. Cet accord n'est pas plus difficile à imaginer
que celui de Bretton Woods, en 1944, qui a créé la banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). L'histoire économique foisonne d'exemples d'établissement de telles
conventions.
On peut cependant aller plus loin dans la prospective et imaginer que la valeur du carbone organisé soit relativement indépendante des institutions et qu'elle constitue, comme l'or, une
motivation en soi pour les individus et pour les pays. On pourrait y arriver notamment en rendant automatique la concession de la propriété foncière, libre de dettes et inaliénable, à ceux
qui habitent, optimisent et entretiennent, en quantité et en diversité, la trame de carbone de terres qui étaient dégradées en 1990, l'année de référence de la Convention-cadre des Nations
unies sur les changements climatiques. Faire du carbone organisé un objet de convoitise sera la façon la plus radicale de renverser la tendance à l'appauvrissement de la biosphère, surtout
dans un contexte où les gouvernements seront trop démunis en ressources budgétaires et en expertise pour gérer et planifier des programmes de reconstruction élaborés. Plus un pays
bénéficiera d'une trame de carbone intègre et diversifiée, plus il sera prospère et écologiquement solvable. La terre deviendra alors un immense jardin luxuriant, capable de soutenir
décemment ses quelques milliards d'habitants.
Un exemple d'application du mécanisme de "clearinghouse"
Le sud, pourvoyeur privilégié de carbone organisé
On parle de plus en plus de la possibilité que les pays riches puissent payer les pays pauvres pour fixer le gaz carbonique, à leur place, par des opérations massives de reforestation et de
réhabilitation de sols agricoles.
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