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L'étalon-carbone: mesure de la richesse des nations?
Par Yves Guérard


Comme l'or autrefois, le carbone serait-il appelé à devenir l'unité de mesure de la richesse des nations?
Une ressource précieuse et rare acquiert nécessairement une grande valeur: c'est le cas de l'or. C'est pourquoi on en a fait, tout au long de l'histoire, une unité privilégiée de mesure et d'échange de la richesse. Mais un peu comme le dollar, cet étalon trop symbolique et artificiel correspond à une conception économique datant de l'ère pré-écologique. Dans une économie mondiale fondée sur l'impératif de la conservation des ressources naturelles et des grands équilibres et cycles biosphériques, l'étalon-carbone ne pourrait-il pas devenir la mesure de santé d'un nouvel ordre économique?

Pourquoi le carbone?
La végétation et l'humus des sols forment la "trame de carbone organisé", le tissus protecteur des continents. Mais il commence à y avoir rareté de la "trame de carbone" sur les continents, à cause de la déforestation et de l'aridification. La théorie économique nous laisse cependant croire que lorsque le carbone organisé sera devenu suffisamment rare, sa valeur va s'élever de façon à ce qu'il devienne spontanément rentable, pour certains acteurs économiques, de reconstituer cette trame.

Ainsi, à l'aube du XXIe siècle, pour permettre une dynamique de réhabilitation spontanée des grands équilibres et cycles biosphériques et de l'intégrité des écosystèmes locaux et régionaux, on aura intérêt à procéder à une réforme du système monétaire international capable d'intégrer la valeur du carbone organisé comme élément fondamental. L'étalon-carbone, beaucoup plus réel que symbolique, assurera alors le fonctionnement soutenable d'une économie mondiale où les réserves de carbone organisé représenteront la relative intégralité de la santé écologique et économique d'un pays ou d'un continent.

Le potentiel de fixation du carbone
Les forêts et les sols du monde entier ont perdu des centaines de milliards de tonnes de carbone organisé depuis l'époque préhistorique (peut-être jusqu'a 1000 milliards de tonnes). Reconstituer ces stocks par la réhabilitation des terres agricoles et des pâturages aridifiés, la reforestation des terres abandonnées (particulièrement les pentes des régions montagneuses), la généralisation de l'agroforesterie en climat tropical, la restauration de fôrets dégradées ou la construction d'un stock d'ouvrages en bois, permettra de refixer une bonne partie des sept milliards de tonnes de carbone émises annuellement par brûlage des combustibles fossiles et de la biomasse. Selon les études les plus sérieuses des pionniers du domaine, tels que Normand Myers et G. Marland, les terres nécessaires à une telle entreprise sont disponibles et il est physiquement possible d'y fixer jusqu'a cinq milliards de tonnes de carbone par année.

Si on réussit parallèllement à diminuer la consommation des énergies fossiles, ce qui est vital, cette stratégie de retissage de la trame du carbone pourra servir, pendant près d'un siècle, à stabiliser le climat, en plus de conserver et de réhabiliter les écosystèmes naturels et humains. De plus, la reconquête d'une partie des déserts par la végétation est possible et elle ferait augmenter de beaucoup le potentiel de fixation du gaz carbonique (CO2).

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