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Les trois dimensions de l'efficacité énergétique


Les effets de l'oubli complet de la dimension structurelle dans l'efficacité énergétique

Par une comparaison de la performance énergétique générale des États-Unis, de l'Allemagne, de la France et du Japon, on peut mesurer les effets de l'oubli complet de la dimension structurelle. Comme le démontrent les données du tableau 2, les États-Unis ont une piètre performance globale (forte consommation d'énergie, fortes émissions de CO2 et de NOx) et ce, en dépit de plusieurs mesures affectant favorablement l'efficacité unitaire qui y ont été adoptées au cours des 25 dernières années (comme les normes sur l'efficacité unitaire dans la consommation des autos et électroménagers ainsi que des systèmes anti-pollution assez performants pour les autos). C'est la très grande inefficacité structurelle des États-Unis qui nous semble pouvoir le mieux expliquer leur performance décevante dans l'ensemble: ainsi, l'effet des efforts remarquables du côté de l'efficacité unitaire est plus qu'annulé par les éléments de l'inefficacité énergétique structurelle que constituent l'hypertrophie du réseau routier, le taux de possession d'automobiles, le volume de circulation routière et la très faible densité d'occupation des villes.

Tableau 2:
Comparaison de quelques éléments de l'efficacité énergétique
structurelle de quatre pays de l'OCDE

[à venir]

Le taux de possession d'automobiles, la longueur du réseau routier et le niveau d'étalement des villes n'ont pas que des effets sur la consommation d'énergie du secteur des transports. La faible densité et l'éloignement associés à l'étalement urbain ont aussi pour effet d'augmenter les besoins totaux en énergie des industries qui fabriquent et entretiennent les infrastructures et équipements permettant d'accommoder l'étalement urbain. Ainsi, comparé à un quartier de duplex en rangées, un quartier de bungalows nécessitera quatre fois plus d'espace et, donc, quatre fois plus d'énergie pour la construction et l'entretien des rues et trottoirs, des réseaux d'aqueduc, d'égout, de gaz, d'électricité, de lampadaires; quatre fois plus d'énergie pour l'éclairage des rues, le déneigement, l'enlèvement des ordures, etc.; également une augmentation des besoins en énergie pour la construction d'équipements supplémentaires de transport, sans compter des besoins accrus d'environ 30% pour le chauffage domestique, besoins liés à l'absence de murs, planchers et plafonds mitoyens dans le cas des maisons unifamiliales détachées. Cette inefficacité stucturelle du système énergétique américain explique au moins en partie le fait que, per capita, les États-Unis aient des besoins énergétiques et des émissions de CO2 qui sont le double de ceux de la France, de l'Allemagne ou du Japon.

De plus, il est essentiel de réaliser qu'il sera plus facile pour l'Allemagne de diminuer les émissions de NOx de ses véhicules routiers (par la généralisation de technologies anti-pollution déjà largement implantées aux États-Unis) que pour les États-Unis de réduire l'amplitude de son réseau routier et l'étalement de ses villes. On voit donc l'importance primordiale de veiller à éviter une dégradation dans la dimension structurelle de l'efficacité. L'inefficacité structurelle présente en effet une grande force d'inertie.

Enfin, il faut se rendre compte que les gourousð de l'efficacité énergétique nous viennent systématiquement des États-Unis, mère-patrie de l'inefficacité structurelle. L'efficacité structurelle a été une préoccupation négligeable dans le discours de ces gourous (la maison écologique du Rocky Mountain Institute de Amory Lovins est située loin de toute zone habitée). C'est également actuellement une préoccupation absente du concept de planification intégrée des ressources. Il faut y remédier puisque cette dimension essentielle de l'efficacité énergétique explique une grande partie de la très mauvaise performance énergétique totale des États-Unis (et du Canada). Un manque de vigilance face au maintien de l'efficacité structurelle pourrait mener à des effets pervers découlant d'une préoccupation exclusive pour l'efficacité marginale (comme pour le cas du bungalow super-isolé alimenté au solaire passif).

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