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Communiqué de presse


Montréal, le 11 septembre 1995

Titre : René Dumont et le débat public sur l'énergie

"J'accuse: l'opposition au développement hydroélectrique est un nouvel égoïsme ultra-libéral et anti-écologique"

Le réputé écologiste et agronome craint que le débat public se transforme en procès et condamnation du seul aspect soutenable de notre politique énergétique actuelle

Conférence de presse conjointe du GRAME et de René Dumont
Quand: mardi le 12 septembre, à 14:30 heures
Où: à l'hôtel Holiday Inn Crown Plaza, 505 Sherbrooke Est, salle Morisseau, à Montréal

Par l'effet de serre résultant du brûlage des combustibles fossiles, nous provoquons déjà des catastrophes qui menacent l'environnement et le développement. Au Québec, comme en Espagne et au Portugal, les sécheresses et les feux de forêts massifs de l'été 95 sont un rappel du danger que nous courons à démolir les climats de la planète. Avec la progression de l'effet de serre, de telles catastrophes seront de plus en plus fréquentes et importantes.

Parlant au nom du GRAME, René Dumont fait valoir que le Québec est l'un des seuls pays au monde à pouvoir se débarrasser entièrement, en termes de bilan net, des énergies polluantes et non renouvelables. L'atteinte de cet objectif, déjà partiellement réalisée depuis 20 ans grâce au méga-projet hydroélectrique de la Baie-James, doit être complétée par l'imposition progressive de taxes de nuisance lourdes sur la consommation du pétrole et du gaz naturel et par des péages routiers visant à stopper l'étalement urbain, mais aussi, et sans équivoque, par la poursuite du développement hydroélectrique (incluant le projet Grande-Baleine). Dans cette optique, et compte tenu que le développement hydroélectrique des trente dernières années a été le seul aspect indéniablement soutenable de la politique énergétique du Québec, l'opposition au développement hydroélectrique menée par d'innombrables groupes défendant des intérêts particuliers au mépris de l'intérêt général, apparaît comme un nouvel égoïsme découlant de la vague ultra-libérale qui déferle sur l'Amérique du Nord.

Si le Québec peut, avec une relative facilité, se débarrasser des combustibles fossiles (grâce à sa population stabilisée et son grand potentiel d'énergies non polluantes), il le doit. Ne pas réaliser son plein potentiel reviendrait à trahir son devoir de développement soutenable et serait une autre forme de "crime contre l'humanité". Pour le Québec, ce devoir de développement soutenable implique les points suivant:

  • de cesser de contribuer, alors même que c'est évitable, à la démolition du climat des pays pauvres, démolition qui compromet la sécurité alimentaire mondiale de l'avenir.
  • de cesser de consommer massivement du pétrole dont il n'a pas besoin (du moins en termes de bilan net), de façon à ce que celui-ci soit plus accessible aux habitants des pays du Sud en remplacement du bois de chauffe, énergétiquement inefficace, qui cause la désertification et une intolérable pollution intérieure.
  • de ne laisser se développer le marché du gaz naturel qu'en remplacement du pétrole et du charbon, et non en remplacement de l'hydroélectricité.
  • de servir d'exemple à des géants potentiels du développement soutenable, comme la Russie, qui pourrait remplacer entièrement ses centrales au charbon et ses centrales nucléaires dangereuses par l'hydroélectricité et l'efficacité énergétique (si seulement on aidait la société russe, qui n'exploite que 7% de son potentiel, à développer ce potentiel hydroélectrique dans la même proportion que l'ont fait le Québec ou les États-Unis, soit 35 à 40%).
  • de démontrer une fois pour toutes qu'une volonté politique lucide de développement hydroélectrique, accompagnée de taxes sur les combustibles fossiles, sera plus rentable et durable, humainement, financièrement et économiquement, que l'aveuglement ultra-libéral qui ne jure que par les seules forces changeantes, égoïstes, aveugles et contradictoires du marché (qui ne jure en fait que par les bas prix actuels subventionnés du pétrole et du gaz).


René Dumont et le GRAME craignent que le présent débat public sur l'énergie ne fasse le consensus que sur l'ensemble des égoïsmes de groupes d'un système ultra-libéral qui bloque le développement soutenable. Égoïsmes de groupes qui considèrent plus importants le romantisme de la nature vierge et le canot-kayak en rapides que la sécurité alimentaire et la santé des milliards de pauvres de la planète. Égoïsmes de privilégiés qui considèrent plus importante la protection de leur bout de paysage que la production d'énergie renouvelable, sans comprendre que l'effet de serre s'attaquera à la nature vierge de ces mêmes paysages.

Egoïsme enfin, des compagnies et régies d'électricité américaines nous exportant leurs pluies acides tout en pratiquant la "Planification intégrée des ressources" (PIR) qui n'est rien d'autre qu'une comptabilité mesquine, d'inspiration ultra-libérale, visant à maximiser les profits sans se soucier de l'intérêt des générations futures et des grands équilibres écologiques de la planète (une comptabilité qui proclame que toutes les formes d'énergie doivent être considérées sur un pied d'égalité, et donc, sans préjugé favorable pour les énergies renouvelables et non polluantes).


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