Quatre grands projets de développement durable pour Montréal et sa région
par Yves Guérard
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2.3 Sublimer les handicaps par un effort bien ciblé d'efficacité structurelle et de discipline
Les constats qui précèdent sont inquiétants parce qu'ils constituent des tendances lourdes et structurelles. Personne ne va nous prendre
en pitié ou nous aider quand nous nous lamentons d'être déjà trop taxés et d'être en déclin économique. L'avenir appartient à ceux qui se
forcent et qui investissent, pas à ceux qui se plaignent.
Taxer les nuisances et utiliser le fruit de ces taxes pour diminuer l'impôt sur l'initiative et le profit est à l'évidence une stratégie gagnante.
Utiliser le fruit de ces taxes, ou des tarifs équitables, pour transformer un handicap en avantage est aussi une stratégie gagnante.
La région de Montréal, en comparaison des autres régions métropolitaines d'Amérique du Nord, est relativement peu étalée (en raison
de l'importance de son vieux noyau urbain dense et en raison des goulets d'étranglement que constituent les ponts entourant des îles, ce
qui décourage la fuite en périphérie). Une amélioration de son efficacité structurelle, par des prolongements de métro et un zonage
durable pourrait lui conférer un avantage économique comparatif non-négligeable: en libérant de l'espace sur les ponts par une diminution
du volume de circulation d'automobiles privées, on se trouverait à faire plus de place et à assurer plus de fluidité au transport des
marchandises par camion. Cela implique un transfert modal important pour le transport des personnes et cela risque d'être impopulaire.
Mais cette difficulté est en même temps une occasion: si ce n'était pas un effort important, toutes les autres villes-régions d'Amérique le
feraient. S'imposer collectivement une telle discipline, alors que le reste de l'Amérique du Nord refuse de se l'imposer, c'est justement la
façon de se donner un avantage comparatif unique et stratégique.
Nous croyons que la stratégie consistant à faire de Montréal la métropole du transport efficace pourrait lui conférer une vocation unique
et un avantage comparatif exceptionnel dans une Amérique congestionnée, permettant de solutionner deux macro-problèmes structurels.
On peut se désoler de la dérive vers l'ouest du centre de gravité économique de l'Amérique du Nord. On peut se désoler de la
dégradation structurelle que constitue la croissance rapide du volume de circulation des camions. On peut se désoler de la perte de
capacité concurrentielle qui résultera d'une augmentation de la congestion, causée essentiellement par l'étalement urbain et la hausse du
niveau de motorisation, sur les ponts et les autoroutes. Mais on peut aussi harnacher ces forces et faire de Montréal la métropole
nord-américaine du camionnage efficace (et le faire savoir). Comment? Comme ceci:
- En diminuant la congestion des ponts et des autoroutes, due aux autos, par des extensions majeures des lignes de métro, par la
réimplantation de postes de péage et par un contrôle efficace de l'étalement urbain (voir les sections 1, 4 et 5).
- En aménageant des voies réservées permanentes pour camions sur les ponts et autoroutes stratégiques.
- En imposant aux camions, par les postes de péage, le coût réel de leur utilisation de ces ponts, autoroutes et voies réservées (pour
compenser notamment les dommages faits aux structures par le poids des camions).
- En renforçant drastiquement les normes sur le bruit, les émissions poluantes, et le poids du chargement des camions et en
canalisant la circulation des véhicules lourds là où ils seront le moins dérangeant possible (dans les corridors des voies réservées).
- En finançant, via les recettes des postes de péage provenant du camionnage, une amélioration de l'efficacité et de la rapidité du
transport par train des marchandises (sur de moyennes distances).
- En faisant savoir à toute l'Amérique du Nord que le secteur manufacturier, c'est à Montréal qu'il roule!
Une telle stratégie constituerait une amélioration de l'efficacité structurelle favorisant plus l'économie que l'environnement. La croissance
du camionnage est une tendance lourde qu'on ne peut contrer par une planification contraignante sans se sortir soi-même du marché
manufacturier. On peut profiter économiquement d'une amélioration structurelle et en limiter les impacts écologiques par une diminution
de la congestion et une amélioration de l'efficacité marginale dans la dépollution et dans la consommation (camions moins bruyants, moins
polluants, aménagements anti-bruit et électrification la plus poussée possible du transport par train des marchandises).
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